Lorsqu’un salarié est victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, la responsabilité de l’employeur peut, dans certains cas, être engagée au titre de la faute inexcusable, ouvrant droit à une indemnisation renforcée.
1. Dans quels cas la faute inexcusable de l’employeur peut-elle être caractérisée ?
À titre liminaire, il convient de rappeler que l’employeur est tenu envers ses salariés d’une obligation de sécurité, en application des articles L.4121-1 et L.4121-2 du Code du travail.
La faute inexcusable est une création jurisprudentielle, consacrée par la Cour de cassation dans les célèbres arrêts « amiante » du 28 février 2002. Elle est caractérisée lorsque :
« l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver»
Cass. soc., 28 févr. 2002, n° 99-17.221 Cass. ass. plén., 24 juin 2005, n° 03-30.038
Deux conditions cumulatives doivent donc être réunies :
- la conscience du danger de l’employeur (réelle ou présumée) ;
- l’absence de mesures de prévention adaptées.
La faute inexcusable s’apprécie in concreto, au regard notamment du poste occupé, des risques encourus, des informations dont disposait l’employeur et des mesures de prévention mises en œuvre.
Si la charge de la preuve incombe à la victime, les juridictions se montrent particulièrement attentives aux manquements en matière de prévention.
À titre d’exemples, la faute inexcusable a été reconnue en cas :
- d’absence ou d’insuffisance de formation à la sécurité ;
- de défaut de fourniture d’équipements de protection individuelle adaptés ;
- d’exposition à des substances dangereuses sans protection adéquate ;
- de non-respect des règles de sécurité sur les chantiers ou en milieu industriel ;
- de maintien d’un salarié à un poste dangereux malgré des alertes ou recommandations médicales.
La répétition des manquements ou l’existence d’alertes préalables constitue un élément déterminant.
Dans certaines hypothèses, la faute inexcusable est présumée, notamment :
- pour les intérimaires ou stagiaires affectés à des postes à risques sans formation renforcée (articles L.4154-2 et L.4154-3 du Code du travail) ;
- lorsque les salariés ou représentants du personnel avaient alerté l’employeur sur un danger qui s’est réalisé (article L.4131-4 du Code du travail).
2. Les conséquences indemnitaires de la faute inexcusable de l’employeur
La reconnaissance de la faute inexcusable ouvre droit à une indemnisation distincte et majorée, venant s’ajouter à la réparation forfaitaire du régime des accidents du travail et maladies professionnelles.
Majoration de la rente ou du capital
La rente versée par la CPAM est majorée, dans la limite du taux maximal prévu par le Code de la sécurité sociale. Lorsque l’indemnisation prend la forme d’un capital, celui-ci peut être doublé.
Cette majoration reste à la charge de l’employeur, bien qu’avancée par la caisse.
Indemnisation des préjudices complémentaires
La victime peut également obtenir réparation de préjudices personnels non couverts par l’indemnisation forfaitaire, tels que :
- les souffrances physiques et morales ;
- le préjudice esthétique et d’agrément ;
- le préjudice sexuel ;
- la perte ou la diminution des possibilités de promotion professionnelle ;
- les frais d’aménagement du logement ou du véhicule ;
- l’assistance par une tierce personne.
Ces postes font l’objet d’une évaluation individualisée, souvent après expertise médicale, et peuvent représenter des montants significatifs.
Droits des ayants droit
En cas de décès du salarié, les ayants droit peuvent obtenir :
- la majoration des rentes ;
- l’indemnisation de leurs préjudices personnels, notamment le préjudice moral.
La faute inexcusable de l’employeur constitue un levier majeur de réparation pour les victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles, tout en représentant un enjeu financier important pour l’employeur.
Sa reconnaissance suppose une analyse juridique rigoureuse et une parfaite maîtrise des enjeux médicaux et indemnitaires.
Le recours à un avocat en droit du travail et de la sécurité sociale est vivement recommandé afin d’évaluer l’opportunité d’une action et d’obtenir une indemnisation intégrale des préjudices subis.










